Ina #16

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[Pour public averti]

Grande nouveauté à Symphonie puisqu’il s’agissait de la première célébration en l’horreur d’une humaine, la fête intrigua un bon nombre d’Ethos. Un flux de créatures commença à déferler à travers la grande porte du Temple d’Arlys. Ses sentiments étaient mitigés, elle se sentait à la fois gênée de cette attention toute particulière de la gardienne d’Arlys, excitée de mettre ses plans à exécution et inquiète du déroulement de la soirée. La joie d’avoir enfin retrouvé un semblant de foyer et la frustration d’être coincée sur cette île d’êtres infiniment plus puissant.e.s qu’elle s’étaient mélangées et l’encourageaient à profiter des festivités. Mais, sa colère et sa haine n’avaient rien perdu de leurs forces et lui intimaient l’ordre de rester prudente. Hermès restait à ses cotés, lui donnant les noms de chaque Ethos qui passait le seuil. De cette façon, la jeune humaine les salua correctement en arborant un sourire de façade. Au grand désespoir d’Ina et d’Adonis, Aphrodite avait décidé de participer aux réjouissances, non pas pour célébrer le retour de cette humaine pour qui elle n’éprouvait qu’un profond dégout mais pour son propre amusement. Plus qu’un dégout, il semblait que le regard de l’Ethos des plaisirs semblait davantage chargé de méfiance envers l’humanité. Elle fit néanmoins preuve d’étonnement de cordialité, et s’éloigna rapidement d’Ina pour danser sensuellement avec Arès. Appuyée nonchalamment sur l’une des colonnes du hall, Artémis, jumelle d’Apollon, regardait la mère d’Harmonia d’un mauvais œil pendant qu’une Ethos à l’allure juvénile et fragile, répondant au sobriquet de Perséphone, s’émerveillait devant Ina. Enfin un peu de nouveauté, s’écria-t-elle avant de rejoindre joyeusement Adonis pour l’enlacer timidement. Ce dernier avait rejoint Freyr et Apollon assis à une table autour de laquelle ils commencèrent à boire goulument. Dionysos servait les boissons alcoolisées et Séléné discutait joyeusement avec Harmonia. Presque la totalité du panthéon symphonien était présente mais l’attention d’Ina se porta sur une seule personne. Le grand ténébreux au regard attendrissant et vide du nom d’Éros venait d’entrer dans le Sanctuaire d’Arlys en compagnie d’une magnifique femme en armure au long cheveux lisse et sombre. Selon les dires d’Hermès, elle répondait au nom d’Athéna et se trouvait déjà au front lors de l’arrivée de l’humaine dans le cité. Une amie des gens comme toi, ajouta discrètement son complice à son oreille tout en continuant à énumérer les noms des Ethos fraîchement arrivé.e.s et à donner les dernières informations les concernant. L’extrême beauté de l’Ethos guerrière empêcha les yeux d’Ina de se détourner de sa silhouette. Sa chevelure violine tombait sur des hanches solides et rebondissait fièrement en suivant une démarche imposante. D’un air hagard, Ina resta bouche-bée un instant. Hermès semblait la regarder normalement, habitué à une telle perfection. La démarche du Paladin d’Arlys était quant à elle calme et son regard se posa sur l’assemblée. Ina écouta avec résolution les quelques explications d’Hermès, se concentra un instant puis ses pieds la portèrent calment vers l’homme qui avait défendu sa contrée. Éros et Athéna rejoignirent la discussion de Séléné et Harmonia. Le bel Ethos salua cordialement sa sœur qui le félicita pour ses faits d’armes. Ina atteignit le groupe et fit une révérence pour les remercier chaleureusement de leur venue. La Paladin d’Arlys attrapa la main de l’humaine et la plaça à la hauteur de ses lèvres puis l’embrassa. En croisant les yeux dorés et envoûtants d’Athéna, Ina ressentit soudainement une pression colossale tout en se glissant dans leur discussion.

La paire guerrière venait de rentrer de la croisade contre l’étrange menace sévissant au Sud. Cette escarmouche s’était terminée par une victoire de l’armée symphonienne, appuyée par une aide prodiguée par l’Empereur Baal. Les différentes régions étant indépendantes, elles interféraient rarement dans les problèmes des autres. Néanmoins, après la sournoise guerre ardente causée par Loki, Baal disposait du droit d’intervenir lorsqu’un conflit éclatait. Après s’être rendu à l’oasis de Mirage, Éros l’avait alors convaincu avec brio de venir en aide à la région de l’Est. Accompagnée des robustes salamandres des terres brûlées d’Asdralem et de la meute des Dents de Sabre sous les ordres de Garm, la légion de satyres de la contrée d’Arlys avait aisément repoussé les ennemis au-delà des frontières du domaine d’Harmonia.

« Il semblerait que nous soyons de retour à Symphonie au même moment, déclara le Chef du Conseil. La nouvelle de ta disparation a atteint nos rangs peu avant notre arrivée à Mirage. Sa Majesté l’Empereur a envoyé des soldats à ta recherche. D’aucun n’est revenu… Horrifiée de cette nouvelle, Athéna donna l’ordre à une troupe de satyres de te venir en aide. Même histoire… Comment peux-tu te trouver devant moi à l’heure actuelle ?

Les Renégats me sont venus en aide, répondit avec hésitation Ina dans l’espoir d’obtenir plus d’informations à leurs sujets.

Ces rebelles ont raison d’agir ! Il est temps de châtier Loki à la hauteur de sa trahison, s’exclama Athéna d’une voix ferme. Harmonia ! Quand vas-tu te décider à agir ?

Leurs méthodes sont un peu… particulières, ajouta Harmonia. Baal ne les tolère pas et il n’y a pas que des sympathisant.e.s dans cette cité. J’aimerais garder l’unité de Symphonie. Mère n’en serait pas ravie non plus…

Sa Majesté Baal est simplement blessé dans son amour propre. Si Enki n’avait pas défié son autorité à l’aide des Observateurs, il n’aurait même pas daigné poser le regard sur cette communauté, lui rappela Séléné. N’es-tu pas la mère d’un hybride ? Et Aphrodite ne semble avoir aucun problème à fricoter avec les Renégats, il me semble que ton…

Ne me parle pas d’Enki ! Kratos s’en est éloigné pour une bonne raison, esbroufa la Gardienne d’Arlys.

Je n’ai jamais partagé une seule opinion avec Aphrodite et j’espère que cela n’arrivera jamais, calomnia Athéna. Supporter Arès durant cette campagne m’a déjà demandé des efforts conséquents… Je ne peux toujurs pas tolérer qu’il soit le Chef de l’Armée de Symphonie. Qu’elle et son amant restent loin de moi.

Athéna ! Il suffit ! Il s’agit de la mère et du père de ta gardienne et tu me dois obéissance. Mon frère, n’as-tu rien à dire ?

Athéna se trouvait à mes côtés pour défendre notre contrée. Aphrodite n’était-elle pas lovée dans les bras d’un homme tandis que notre père se battait pour notre protection ? Je ne la critiquerai pas mais je ne réprimanderai pas mon amie pour avoir donné son opinion non plus. En tant que fine stratège, elle peut s’exprimer comme elle le souhaite, plaida Éros complice.

Une rage glaciale se plaqua sur le visage d’Athéna tandis que la main gauche d’Ina se porta à ses tempes. Elle fronça les sourcils en sentant revenir ses migraines. Elle avait appris orientations politiques des membres du Conseil de Symphonie et recueilli de précieux renseignements mais les cris dans son esprit revenaient barrer la route à ses projets. Son obsédante volonté de vengeance venait piquer dans le haut de sa nuque, cherchant ainsi à empêcher son esprit de se disloquer. Harmonia vit le malaise de son humaine et s’en inquiéta vivement.

Ne voudrais-tu pas quérir Hermès ? Il y a longtemps que l’on ne t’a pas auscultée, s’enquit-elle. J’ignore comment fonctionnent les créatures dans ton genre. Mais n’as-tu pas été blessée durant ta captivité ? 

– Vous êtes toujours aussi protectrice envers les humain.e.s, protesta Éros. N’avez-vous pas déjà chouchouté votre dernier humain ? Ce doit être qu’un peu de fatigue, je vais m’en occuper. »

La tête d’Harmonia se baissa d’un signe d’approbation et Éros conduit la jeune femme dans le vestibule où était rangé les herbes médicinales. Située à la droite du grand hall à côté de l’escalier menant aux chambres de la balustrade, cette sobre pièce se transformait en une cuisine en les occasions de fêtes. Ina n’avait aucune envie d’exposer ses blessures ou d’être une quelconque cobaye d’une médecine ardente peu adaptée à ses besoins. Encore une fois, le Paladin d’Arlys lui était venu en aide dans une situation inconfortable. La main d’Éros ouvrit doucement la porte et l’invita à enter dans la petite chambre. La porte se ferma brutalement après qu’Ina se soit engouffrée à l’intérieur notre passage. Les Ethos n’ayant pas obligation de manger pour survivre, il était peu commun de voir une quelconque marmite bouillir sur le feu. Malgré cette réception improvisée à la va-vite, le banquet était un succès et des senteurs de thym, de romarin et de sauge effluaient dans la pièce. Il fouilla dans un bocal en verre, arracha quelques feuilles de sauge d’une tige séchée et odorante, puis les déposa dans un mortier en bois de chêne de la taille d’une paume de main. Ses doigts égrainèrent un brin de lavande et ajoutèrent les grains à la poudre verdâtre fraîchement moulue. Un mince filet d’eau coula de ses mains et remplit le récipient que l’Éros présenta alors aux lèvres de la jeune femme.

« L’hydromel d’Atlantis a cicatrisé mes blessures mais la tienne semble irrémédiable, susurra-t-il d’une voix lente à la fois sensuelle et ennuyeuse, tout en inclinant le réceptacle afin que le contenu se déversa doucement. Le sang de ton espèce a pourtant tant de propriétés…

Ina resta silencieuse. Ses yeux fixèrent l’Ethos d’un mélange de suspicion et d’amusement. Elle rougit maladroitement, et se reprit en plissant les yeux d’un air sauvage. L’occasion était trop belle pour la laisser passer et la pièce tamisée, éclairée par un lustre de vitraux rougeâtres au sein duquel vacillait une faible flamme, était propice à un rapprochement.

Pourquoi ne suis-je pas entrain de servir les Ethos comme les ondines et les sylphes ? Ma condition d’humaine devrait me situer bien en dessous du statut des ardents secondaires.

– La rareté, Ina. Des enfants de chair, il n’en arrive qu’en très petite quantité. Des fois, un.e ou deux par millénaire. D’autres fois, plusieurs par siècle. Bien que les ondines, les nymphes et autres créatures soient nos enfants, nos créations, nous en disposons comme nous le souhaitons. Les enfants de chair, les Ethos ne savent ni d’où vous venez ni comment vous créez, édicta Éros d’une voix suave et ferme. Vous êtes si vivant.e.s, si passionné.e.s, si complexes. Tu peux combler le lancinant ennui qui détruit jour après jour notre civilisation ardente. Penses-tu que ce soit réellement la prêtresse qui sert son Ethos ? Il me semble que ce soit l’inverse. Avec le pacte, nous devenons plus fort.e.s. Des émotions étrangères nous submergent et nous sombrons à notre tour dans un tourbillon inconnu. Tu m’es bien plus précieuse que cette île, que mon épée et que le livre de Rose. Dis-moi ce que je peux faire pour rendre ton séjour en mes terres plus agréable… 

– J’ignore si un.e Ethos est seulement capable de servir autre chose que ses intérêts, murmura Ina dans but d’entamer un jeu de psychologie aussi divertissant que provocateur. Être en mesure de prendre soin de ce qui est précieux n’est-il pas le devoir des puissant.e.s ? Que ferais-tu si je te demandais de me prouver ta bonne foi ?

– Je ferais passer ton malaise, susurra-t-il à son oreille. Dis-moi ce que tu souhaites.« 

Le Paladin d’Arlys avait vendu la mèche. Il répondait enfin aux questionnements d’Ina tout en semblant viscéralement perdu dans ses pensées. Très vite, l’ambiance devint irrésistible. Éros ne réagit pas et attendait patiemment les paroles de la jeune femme. Le Paladin d’Arlys se montrait sous des traits si opposés au rôle qu’il tenait au Conseil de Symphonie. Ses yeux violets brillaient d’une lueur enchanteresse à tel point qu’Ina s’en mordit la lèvre. Il lui fallait maintenant sa propre catharsis. Le besoin de contrôler sa vie et son environnement devenait si fort qu’elle n’hésita qu’un très court instant. Même si tout cela n’était qu’un jeu, croire qu’elle menait la danse, était maintenant une question de survie ainsi qu’un moyen de ne pas sombrer dans la folie. Elle pouvait faire d’une pierre deux coups en mettant un Ethos aussi puissant que le Chef du Conseil de Symphonie à son service et ainsi remplacer les hurlements de son esprit par des exclamations souhaitées. Ina ne cherchait aucunement à s’abandonner à des plaisirs fugaces mais au contraire à garder sous contrôle tout ce qu’elle pouvait. Et elle avait enfin trouver un moyen de s’y appliquer, tout en répondant aux curieux besoins de l’homme qui se trouvait en face d’elle. L’étreinte d’Éros encercla ses épaules en la déposant contre le mur. Sa bouche se reprocha malicieusement de celle d’Ina mais il ne l’embrassa pas. Il ne fit rien de plus que de caresser ses lèvres avec son souffle. Cette affriolante caresse déstabilisa un instant la jeune humaine. Puis, elle se rappela le soin dont il avait fait preuve la fois où il l’avait retrouvée errante, à demi-consciente dans le hall du Temple d’Arlys. S’il avait voulu la soumettre par la force, il y a bien longtemps que son dessein se serait réalisé. Il semblait être à la recherche d’autre chose qu’une satisfaction charnelle et immédiate des sens. Continuant à caresser les épaules de la jeune femme du bout des doigts, Éros huma l’odeur de sa nuque. Ina avait compris à quoi il jouait. Depuis leur première rencontre, il brouillait les pistes passant tour à tour par le rôle du paladin autoritaire, garant de la paix devant le Conseil pour finalement la confier à sa sœur, Harmonia. Ensuite, il se montait doux et compatissant lorsque les barrières de l’intimité étaient franchises. Mais qu’importe, pensa Ina. Le Paladin d’Arlys était à l’heure actuelle le seul Ethos assez puissant pour lui assurer protection et tendresse sur cette île qui se transformait de plus en plus une cage où elle allait finir par dépérir si les règles du jeu restaient inchangées. Sans que son esprit eut le temps de le réaliser, ses lèvres se jetèrent contre les siennes et son baiser le plongea dans le désir. Il multiplia alors ses baisers jusqu’à ce que la respiration de la jeune femme se fit plus haletante. Il s’arrêta alors d’un coup sec et ses yeux violets se plongèrent dans les iris d’Ina qui l’invitèrent alors à continuer. Ses lèvres enivrantes caressèrent alors la nuque d’Ina et des frisons accompagnèrent chacun des gestes de l’Ethos. Recherchant alors la chaleur de son corps, la main hésitante d’Ina prit la sienne pour la faire glisser sous sa robe. Un étonnement figea le visage du Paladin d’Arlys mais fut rapidement détrôné par un sourire charmeur. Il venait de trouver une partenaire de jeu et s’en réjouissait. Il la souleva et l’appuya contre le mur, de sorte à ce que ses pieds ne touchèrent plus le sol. D’une part et d’autre de son bassin, les jambes de la jeune femme étaient soutenues par les mains vigoureuses d’Éros. Une des mains flâneuses de l’humaine se faufila sous la toge de l’Ethos tandis que la seconde, plus intrépide, s’évertua à desserrer sa propre tunique. Le corps masculin se colla alors au sien, l’écrasant encore plus contre la paroi murale et c’est là qu’elle sentit que cela plaisait amplement à l’homme en face d’elle. Un soupir d’exaltation sortit de sa gorge. Le menton du paladin se reposa dans le creux de son cou pendant que les dents d’Ina lui mordillèrent le lobe d’oreille. Sa pression sanguine commençait à s’emballer lorsque un murmure la rappela à l’ordre, suivi d’un toquement qui lui fit prendre conscience de la situation. Éros la déposa au sol et le duo réajusta leurs habits en vitesse. Harmonia s’inquiétait et espérait que les migraines de son humaine ne laisseraient pas gâcher cette célébration. La Gardienne d’Arlys ne remarqua rien d’anormal dans leurs comportements et Éros lui confirma le rétablissement de d’Ina avant de se diriger vers une longue tablée réservée aux seigneurs d’Arlys, déposée devant les portes serties de joyaux de la chambre de la gardienne d’Arlys. Kratos manquait néanmoins à l’appel. Le Premier Guerrier d’Arlys n’aimait guère les longues nuits de festivités et d’opulence orgiaques qui caractérisaient si bien le rythme de vie symphonien. L’humaine rejoignit alors Freyr, Adonis et Hermès qui s’amusaient à boire. Qu’est ce que je fous à la table des saoulards ?, se demanda-telle. Elle ne put que maudire la hiérarchie sévère et immuable de cette communauté inaltérable tout en buvant d’une traite un verre d’hydromel que lui tendit Freyr. La dispute ne semblait n’avoir jamais existé et Ina n’avait ni l’envie ni le courage de lui expliquer qu’il lui rappelait une période de sa vie qu’elle préférait oublier. En outre, ce n’était pas le moment de se faire des ennemi.e.s dans le camp des Ethos. Elle comptait bien aider les Renégats à mener à bien leurs actions dès qu’elle en aurait la possibilité et Freyr faisait figure d’autorité au sein de cette compagnie. Son regard se posa sur Éros qui le lui renvoya sans trop attiser l’attention des autres convives. Le calme d’Adonis était remarquable et ses pupilles ne cessaient de regarder les ardents assis à la grande table, fixant Éros d’un regard vide pendant quelques instants, à l’inverse de l’agitation de Freyr qui criait de plus en plus fort des phrases dont Ina n’en comprit pas le sens. Moyennement sobre, Freyr tenta une, deux puis une troisième fois de déposer des mains moribondes sur Ina. Rien d’étonnant avec la tournure que prenait la suite des festivités. Prévénant.e.s, des nymphes et des ondin.e.s avaient déjà tapissé le sol du temple de nombreuses couvertures, couchettes et tapis colorés et éteignaient petit à petit les lampes à huile en terre cuite déposés sur les tables. Harmonia ne fut pas ravie de le voir essayer de tripoter son humaine mais elle mit cette ivresse sur le compte de sa fuite d’Iturnator. Prétextant présenter des excuses, Freyr cherchait à l’embrasser à plusieurs reprises. Il lui était pour l’instant impossible d’agir. Elle se trouvait en pleine célébration symphonienne, en compagnie d’un Ethos insistant, disposant d’un taux d’alcoolémie de plus en plus conséquent et elle voulait à tout prix éviter une esclandre semblable à celle qui l’avait poussée à le gifler. Si la Gardienne d’Arlys avait pensé organiser cette fête orgiaque pour lui faire plaisir, elle s’était indéniablement trompée. Alerté par les coups d’œil paniqués d’Ina, Éros vint finalement à leur table pour dire tranquillement à Freyr de se calmer. Ces mises en gardes semblèrent passer dans l’une des oreilles du Prince de Lumen pour en ressortir par l’autre. Voyant que cette ambiance ne calmerait pas les ardeurs du Songeois, Éros proposa à Ina de venir avec lui. Elle se releva promptement lorsque Freyr la retint brutalement par le bras. La véhémence dont il fit preuve étonna Adonis qui connaissait son ami comme un coureur de jupons chevronné et désinvolte certes, mais pas agressif.

« Lâche-moi ! Tu me fais mal, ordonna Ina.

Tu restes ! Nous n’avons pas fini notre conversation, s’énerva Freyr.

La Gardienne d’Arlys souhaite qu’elle la rejoigne à l’autre table, ajouta poliment Éros.

Ton autorité ne marche pas sur un Songeois. De quel droit, tu pars avec elle ? Ina est à moi !

Ne la confondrais-tu pas avec une ondine ? Cette créature n’est à personne, répliqua Éros qui ne répondit pas aux provocations. Regarde-toi, Freyr. Jamais, je t’ai vu dans un tel état

Elle s’est donnée à moi et maintenant elle m’appartient.

Désolé de t’apprendre que cette union n’est pas suffisante pour établir le pacte, annonça le Paladin d’Arlys. Elle reste libre de ses choix en attendant.

Ne prends pas tes aises pour une seule nuit partagée, signala Ina. Il n’y a rien à « donner », Freyr.»

Harmonia survint pour calmer le jeu et ordonna à son invité de décuver avant d’oser s’adresser à son frère de la sorte. De l’eau jaillit de la main d’Éros, agacé par la persévérance de Freyr, et vint s’aplatir sur son visage. Adonis les rejoint et secoua Freyr, totalement ivre, affalé sur le sol. Il présenta de vives excuses pour ce désagrément à la Gardienne d’Arlys et partit avec son camarade sous le bras. La fête continua, et les nymphes s’occupèrent du bien-être lubriques de leurs parents Ethos, certaines d’entre elles célébraient les activités dévergondées qui débutaient sous les yeux d’Ina. La musique de Dionys couvrait le bruit des chambres.

Voyant de nombreux.ses Ethos s’adonnaient aux plaisirs charnels, Éros prit la main d’Ina et l’éloigna de cette orgie opulente pour lui préférer la discrète intimité de la chambre vacante disposant d’un confort minimaliste qu’il occupait lors de ses passages récurrents au Sanctuaire d’Arlys. La sobre couchette sur laquelle Ina avait trouvé le repos après sa fuite d’Hélios semblait les attendre. L’attractif Chef du Conseil de Symphonie invita la jeune femme à s’y assoir pendant qu’il rallumait la chandelle déposée sur un bureau de bois blanc.

« Que vais-je pouvoir faire de toi ? Quelle curiosité, tu es devenue. Tu attises bien trop les convoitises à mon goût, répliqua Éros, un léger sourire aux lèvres en fronçant les sourcils, avant de la rejoindre.

Cessez de me parler sur ce ton. Je n’ai pas besoin qu’on me prenne de haut, controversa Ina. Ai-je l’air d’une enfant à vos yeux ? Il semble que je ne sois plus une.

J’en conviens. »

Les doigts d’Ina se déposèrent timidement sur les lèvres de l’Ethos et ses jambes se posèrent sur ses genoux. Il n’eut aucune réaction lorsque la bouche humaine entra en contact avec la sienne. Il attendait visiblement un élément déclencheur. Hésitant entre l’indifférence et la passion, Ina s’aperçut qu’Éros n’était pas le genre d’homme à partager les jeux de l’amour avec une humaine sans défense. Constant de son hésitation, elle prit alors les directives. Sa réticence était au préalable sans faille et il lui dit de s’endormir, en déposant une légère couette le long de son corps. Puis, sa main se glissa tendrement dans ses cheveux et celle d’Ina l’étreignit alors.

« Sois patiente, chuchota l’Ethos en s’allongeant à ses côtés. Tu m’es trop précieuse pour risquer de…

Ce n’est plus toi qui fixe les règles maintenant, lui murmura-t-elle à l’oreille. Reprenons où nous en étions plus tôt.« 

L’horreur dépeinte dans ce tableau était insidieuse et volatile. De loin, on aurait pu croire à un acte de bienveillance ainsi qu’un agréable plaisir partagé. La réalité en était toute autre. Tout dépend bien du point de vue que l’on adopte, Ina en avait conscience. Un lapin déposé et caressé sur les genoux de son « propriétaire » pouvait paraître terriblement heureux et adorable pour les semblables de ce dernier. Il faudrait demander à cet animal, en cage plus de la moitié du temps et obligé à subir des caresses selon le bon vouloir d’autrui, pensa la jeune humaine avant de se pencher vers le corps si parfait de son amant Ethos. Néanmoins, cela ne lui déplaisait pas pour autant. Le Paladin d’Arlys se montrait doux avec elle. Que ce soit dans ses attentions ou ses caresses, il restait plutôt en retrait et attendait un regard, un sourire ou un geste de la jeune femme pour s’imposer. Éros n’en attendait pas beaucoup d’Ina. Sa simple présence à ses côtés le remplissaient d’une fierté particulière, et d’une infinie curiosité. Suivant le même schéma que sa sœur, Harmonia, il semblait simplement avoir pris la responsabilité qui lui incombait de prendre soin de cette humaine perdue, étant apparue sur son territoire. S’agissait-il d’un esprit chevaleresque, d’une façon d’asseoir son autorité en se pavanant avec l’humaine de la légende, d’un sexisme qui le poussait à vouloir montrer à tou.te.s qu’il était en capacité de la protéger, d’un jeu servant à briser un ennui dévorant ou encore d’un terrible sentiment de supériorité ? Ina l’ignorait mais elle se devait de trouver la réponse à cette question afin de continuer à se faire une place de choix dans la société ardente. Malgré leurs caractéres figés et l’immuabilité tangible des Ethos, Éros intriguait Ina car il semblait insaisissable, incompréhensible et changeant. Avait-il été créé de la sorte ? Sous peine de quoi, il serait soumis à cet interminable questionnement qui semblait perpétuellement acculer ses pensées sans que cela puisse combler sa curiosité dévorante. Néanmoins, Ina n’en était plus à douter et commença par déposer une main sur le ventre de la créature. Ravi de cette initiative, l’homme déposa une main sur la joue d’Ina avant de la glisser dans ses cheveux. Son regard l’invita à continuer de son élan et il émit une légère pression sur la tête de la jeune femme pour que celle-ci se rapproche davantage. Elle glissa alors une jambe sur les siennes, frôlant ainsi son membre de sa cuisse et ses lèvres se retrouvèrent au creux de sa nuque. Ina avait allumé en lui un intérêt qu’il avait alors oublié : celui de la nouveauté. Elle représentait plus une innovation intrigante dont il fallait tirer profit plutôt qu’une quelconque créature consciente, sentiente et douée d’un libre-arbitre à ses yeux mais Ina devait le convaincre tout en douceur. La jeune femme se releva soudainement, déplaçant ses jambes de part et d’autre du bassin du Paladin d’Arlys. Détachés doucement par la main de l’ardent, les cheveux frisés d’Ina lui tombèrent sur le visage comme une pluie délicate. Il la fixa un instant, immobile comme perturbé par un doute sur l’adéquation de sa façon d’agir. Puis, l’homme déposa des mains brûlantes de chaque côté de sa taille. La courbure du corps de la jeune humaine dessinait des arcs de cercles parfaitement compatibles avec les paumes de l’Ethos, et il ne leur en fallut pas plus pour comprendre que la nuit allait être longue. Elle se pencha vers son amant et déposa son index sur ses lèvres immobiles. Le bout de sa langue fureta en dehors de sa bouche pour venir goûter le lobe d’oreille de l’Ethos.

L’envie d’être l’outil de son plaisir et l’excitation qu’amène le fait de s’abandonner totalement et de n’avoir plus aucun pouvoir. Pour un Ethos, il s’agissait là d’une situation nouvelle, terriblement irrésistible. Le Paladin d’Arlys passait la plupart de son temps à donner des ordres. Il était respecté et écouté comme l’un des Ethos dirigeant de l’île de Credere. Des relations, nombreuses et voluptibles, ponctuaient sa vie de tous les jours, et ce depuis des millénaires, mais elles se montraient terriblement ternes. Il y avait bien eu une fois où Éros avait aimer, une humaine du nom de Psyché. Leur amour avait causé sa perte et il s’était juré de ne plus aimer une nouvelle fois. Néanmoins, Éros savait une chose : il ne pouvait pas ressentir autant de plaisir autrement qu’en s’ébattant avec une humaine. La jouissance qu’elles.ils lui procuraient dépassaient de loin les caresses infructueuses et les orgies dionysiaques en compagnie des membres de son espèce. Pour une raison que l’homme ignorait, Éros cherchait non pas à s’oublier mais à se comprendre. Plutôt que faire uniquement disparaître son ennui et de se fondre dans une émotion plus intense qu’il n’avait pu l’imaginer avant sa rencontre avec Psyché, l’homme était curieux de ressentir ce que l’humanité pouvait bien ressentir.


Il connaissait la valeur de posséder Ina mais il savait aussi que les humain.e.s n’étaient pas des créatures à se soumettre facilement. Ce qu’il souhaitait réellement était avant tout d’être l’objet du hasard incertain, d’un changement inédit, afin de se soustraire à sa triste existence d’Ethos. Devenir l’instrument de la jeune femme, insoumise aux lois immuables et aux normes répétitives de cette île, équivalait à se jeter tête la première dans un océan inexploré. Les exigences d’Ina s’étaient quant à elles effondrées pour finalement accepter, puis transformer les règles du jeu et vivre pleinement ce qu’il se passait sous ses yeux mi-clos. Tout était histoire de teinte, les perceptions objectives sur sa condition d’humaine coloraient le monde qui entourait Ina de gris. Seuls des souvenirs lointains auraient un jour la capacité de transformer ces moments inattendus en des instants colorés, presque nostalgiques lorsqu’elle aurait atteint son but de liberté. Elle remonta délicatement sa tunique, la glissa le long de son tronc, puis l’enleva totalement d’une impulsion souple. Laissant à Éros le temps de contempler cette stimulante vue, Ina dénoua ensuite sa toge. Il ne fit aucune remarque sur ses cicatrices apparentes et resta infiniment concentrée sur les pointes saillantes de sa petite poitrine. Les silences contribuèrent à propager une atmosphère mystérieuse et ainsi maintenir cette situation exaltante que l’Ethos aimait tant. Tout autre matière que celle de devenir l’objet du désir d’Ina avait été répété bien trop de fois pour qu’il trouva encore un quelconque intérêt. Une squelettique pensée d’ennui l’habitait et seule une nostalgie déchirante, un vague souvenir de Psyché, le maintenait encore dans ce qu’il pouvait appeler « être en vie ». Malgré elle, Ina avait réveillé ceci et c’était bien dans son intérêt d’en jouer. Faute à une sueur parfumée et dégoulinante, sa vue se flouta, et quelques gouttes tombèrent sur le visage de son partenaire. Il était évident que l’émotion qui coulait le long de sa peau n’était qu’une nouveauté oubliée mais l’ardent ne put s’empêcher d’espérer ressentir davantage. Son autorité naturelle acceptée de l’ensemble des habitant.e.s de Symphonie, et témoignant de son assurance, disparaissait complétement au profit d’un regard supplicié. Ina donnait maintenant les ordres. Cette inversion des rôles semblait être la sinécure adéquate aussi bien pour l’Ethos que pour l’humaine. Cette dernière attrapa sa main inerte pour la coller contre son sein. Son dos se cambra alors afin de laisser le soin à son amant d’étudier les contours de sa poitrine. Il n’avait aucune latitude d’action hormis observer tant qu’elle n’avait pas fait appel à ses services. Le Paladin d’Arlys attendait ainsi sagement qu’Ina se manifesta. Elle sourit en remarquant son attente languissante. Dans ce cas spécifique, elle était la seule habilitée à lui faire des injonctions. Sa main gauche enjôla celle de son amant et la fit s’égarer vers sa chute de rein. Elle cherchait à entrer dans leurs cerveaux, à se disséminer et à chambouler leurs acquis de la même manière qu’elle s’imposait maintenant au Chef du Conseil de Symphonie. Ses cuisses oscillèrent légèrement et elle lui suggéra de continuer d’un regard envieux. Confiant, il s’exécuta. L’index et le pouce de l’Ethos pincèrent le téton durci de l’humaine tandis que, de son autre main, il frôla sa vulve humide, puis glissa son majeur plus profondément.

Les Ethos semblaient être déterminé.e.s par d’étranges forces qui les poussaient vers une lente agonie de l’esprit. Elle chercha alors à remplir ce gouffre abyssal qui rendait leurs yeux vides. Une lueur s’était bien allumé dans le regard de l’Ethos qui lui servait de chose. De ses baisers enflammés à ses doigts serpentant son torse, il dégusta chacun des gestes d’Ina. Le programme qui semblait définir leurs façons de penser, leurs semblants d’émotions et leurs actions récurrentes et répétitives rencontrait une incompréhensible erreur. Éros en comprenait toute l’ampleur que lorsqu’il admirait le corps nu d’un.e humain.e frissonner au contact du sien. Il se laissait alors totalement utiliser. La vie sur cette île était-elle une fatalité ?, pensa-t-il tout en admirant Ina en maîtresse de la situation. Quelque chose d’irrémédiablement viciée dans cette relation la poussa dans ses derniers retranchements. D’une main assurée, Ina libéra son phallus compressé de sa prison de tissu, puis l’empoigna afin de le plonger en elle. La jeune femme ondoya au-dessus de lui, gérant le rythme et ainsi son propre plaisir. Et ainsi de suite, il suivit les directives et les secousses cadencées de l’humaine sans émettre une quelconque résistance. Fasciné, Éros fixa ce spectacle insolite tout en se délectant des gémissements soutenus d’Ina. La musique de la troupe de Dionysos, sauvage et lancinante couvrait amplement le bruit des chambres, elle pouvait alors se laisser aller à des exclamations de plus en plus fougueuses. Il succomba finalement à cette lascivité si inaccoutumée dans un instant d’oubliance et s’en excusa auprès d’Ina.

Que ressens-tu Ina ? Je ne peux atteindre cette félicité qu’avec des êtres comme toi, murmura-t-il à son oreille tandis qu’elle se retirait délicatement.

Cela explique la misère des hybrides. Incapables de résister, vous traitez pourtant l’humanité et votre descendance comme des êtres inférieurs, vous êtes bien pitoyables.

Le jeu est terminé, Ina. Fais attention à tes paroles, répondit l’Ethos un sourire troublant aux lèvres. Exprime-toi sans crainte. Choisis mieux tes mots cependant. »

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