Ina #12

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Ina se réveilla, le lendemain matin, dans la chambre qu’on lui avait attribuée de force. Les souvenirs quant à son arrivée dans cette pièce lui faisaient défaut. Une fois habillée, elle se mit à la recherche de Siegfried. Dans sa situation tout.e allié.e pouvait lui être utile. Malheureusement, Loki vient à sa rencontre avec toute l’assurance et l’arrogance dont il était capable. Une pensée effleura l’esprit de la jeune femme qui pensait lui dire quelque chose comme « Coucou le dingue » mais sa bonne conduite et son instinct de survie transformèrent évidemment ses paroles.

« Bonjour mon seigneur.

Bonjour chère prêtresse. »

Le couloir sombre dans lequel Ina avait croisé le maître de la place forte, sans personne aux alentours, parut soudainement peu accueillant et bien que Loki semblait être calme, la peur l’envahit. Une main assurée se tendit vers le visage de la jeune femme lorsque ses pieds reculèrent de quelques pas mais sans vraiment s’en rendre compte, son dos touchait déjà le mur. Par chance, la voix de Tyr résonna dans le couloir et brisa cette ambiance affolante.

«  Maître Loki, une Ethos sudiste vous demande.

Un sourire mauvais se forma alors sur les lèvres de Loki.

– Dis-lui de me rejoindre dans le grand salon. »

Les pieds de Loki se dirigèrent vers l’endroit où l’attendait l’émissaire d’une autre région tandis que ceux de Tyr se rapprochèrent d’Ina. Elle lui était grée de son intervention, il était arrivé juste à temps pour se débarrasser du seigneur de la forteresse de Songe. Néanmoins, ce n’était qu’une question de temps avant la confrontation inéluctable. Des excuses quant à son endormissement au milieu de leur dernière conversation furent acceptées avec joie mais la question sur l’emplacement de Siegfried fut posée en vain. La hantise de son enfermement grandissait de minutes en minutes et la nuit glaciale tombant sur le bastion de Songe changeait radicalement de la douceur de la cité de Symphonie. Trônant sur Dar Ys, la cité orientale semblait être en communion avec la nature au contraire de cette fortification nordique glauque, glaciale et vide. Un claquement de porte retentit dans les couloirs et lui fit ainsi comprendre que l’invitée de Loki était sur le départ. La détresse transforma alors le visage d’Ina. Le maître du château se posta devant la serre où elle séjournait et lui donna l’ordre de le suivre. Bien que très réticentes, ses fesses posées autour de la majestueuse table en bois se relevèrent avec dépit quand la voix de Mime, tremblante, entra en contradiction avec les ordres de son maître.  

«  Mon seigneur, je m’excuse de mon impertinence mais j’aimerais que nous finissions cette composition…

–  Fais comme bon te semble, après tout elle est là pour longtemps. »

Loki avait gardé la tête haute et s’amusait à prouver que ce n’était que le début de la captivité de l’humaine et la peur assaillit Ina avec les tremblements qui l’accompagnent. Mime, conscient de son malaise, posa une main amicale sur sa tête et entama une conversation des plus étranges.

« Es-tu vierge ? T’es-tu unie à Freyr ?

–  Comment oses-tu me poser une pareille question ? Cria Ina d’une voix vacillante.

Ses joues brûlèrent d’une gêne enfantine et les yeux de Mime s’ouvrirent en laissant transparaître un étonnement. La possibilité qu’une humaine hausse le ton et lui réponde ainsi n’avait jamais effleuré son esprit. L’enchanteur poursuivit néanmoins la discussion. 

– C’est une information que demandera Loki, chuchota Mime tout en faisant attention de bien articuler ses mots. Siegfried manque à l’appel depuis qu’il a souhaité te venir en aide… J’ai bien peur qu’il lui soit arrivé malheur.

Nous n’étions que quatre dans la serre, l’autre soir. L’un de vous a donc parlé… et c’est retombé sur Siegfried, ajouta Ina soupçonneuse. Qui me dit que ce n’est pas toi le traître Mime ?

Tu es plus méfiante qu’il n’y parait…

J’ai appris à l’être. Les Ethos sont doté.e.s d’une telle cruauté enfantine. Celle d’un.e enfant écarquillant les yeux en voyant pour la première fois un escargot agoniser après que ses pieds nonchalants l’aient écrasé par mégarde, continua Ina jouant sur le terrain de la provocation. Un sentiment de curiosité mais aussi de joie de ne pas être celui qui est en train de souffrir. Je me trompe ?

Bien, conclut le Songeois. Mes mises en garde sont donc inutiles. »

Bien que les paroles de l’assassin du Nord possédaient un semblant d’inquiétude, Ina n’avait pas besoin de ses conseils pour comprendre qu’elle devait se méfier de la personne qui avait donné l’ordre de l’enlever. Les questions suivantes de l’Ethos n’eurent plus le droit aux réponses de la jeune femme et des migraines prirent d’assaut son crâne. Mime, agacé par son silence, lui rappela qu’il était temps d’aller rejoindre son maître. La main du serviteur de Loki appuya sur son épaule et l’invita à rejoindre sans tarder l’homme qui la tenait en captivité. Ses pieds avançaient lentement vers la porte d’une pièce incertaine lorsque la silhouette d’une jeune femme se révéla. Sépulcrale et sombre, elle ne semblait annoncer rien de bon. Sa chevelure noire paraissait se confondre avec les ténèbres de la nuit hivernal d’Ithurnator si bien qu’Ina ne put déterminer si elle tombait au sol ou si elle s’arrêtait bien plus haut.

 – Fais attention à toi, dit-elle tout juste assez fort pour que les oreilles d’Ina et de son accompagnateur puissent saisir le sens de ses paroles. Une rumeur court sur Freyr… Il se serait échappé pour te rencontrer. Quelle ironie ! Tu vas maintenant connaitre ses souffrances. Peut-on dire que vous avez échangé vos places ? Il était mon jouet favori. Peux-tu aussi prendre sa place ? »

Rictus lugubre aux lèvres, l’énigmatique inconnue ne cessa d’énoncer d’étranges propos, de formuler de sordides questions et d’étaler d’ignobles tortures avant d’être contrainte par Mime de se taire. Une incompréhension énorme captura l’esprit d’Ina, et elle s’imagina alors les sévices endurés par son ami du Nord et qu’elle subirait sans doute sous peu. Loki attendait vaniteusement sur le seuil. Ina sentit le regard brûlant de Mime s’éloigner pas à pas tandis que I’hôte ouvrit graduellement la porte et l’incita à s’engouffrer dans la chambre. Affolée, Ina tenta une dernière échappatoire.

« Ne serait-il pas plus commun de discuter dans le salon ?

Un soupir s’esclaffa entre son sourire égrillard et le plus naturellement du monde, des mots odieux sortirent de sa bouche.

Entrez ou j’envoie davantage de guerriers à l’assaut de Symphonie, susurra Loki.

La cité orientale n’avait aucunement besoin d’attaques supplémentaires sur le front et Harmonia n’avait pas encore conclu de pacte avec l’ancien dragon. Cette menace apporta néanmoins la certitude à Ina que son existence, si inférieure aux yeux des Ethos soit-elle, était plus importante que celles d’une dizaine de Symphonien.ne.s pour Loki. Cette manigance scella sa langue et ses pieds la portèrent silencieusement à l’intérieur de la chambre tandis qu’il fermait le verrou de la porte. Elle pouvait maintenant jouer de cette information capitale. De simple humaine, elle était passée à objet de pouvoir.

La serrure ne sert à rien, ajouta Ina pour le provoquer. Je ne peux pas m’enfuir de cette triste forteresse. »

Cette bravade peu futée disparut au moment où la surprise s’éprit d’Ina. La chambre était gigantesque mais vide. Deux chaises en bois robuste entouraient une modeste table qui trônait au centre de la pièce. La jeune femme fut conviée à s’y asseoir et se retrouva diligemment face au regard vide du maître de la forteresse. Sur le qui-vive, Ina attendit qu’il prenne une gorgée d’une boisson chaude aux senteurs florales qu’il servit avant de boire à son tour. Le silence maussade parcourant la salle fut alors détruit par sa voix masculine. Cette requête semblait terriblement importante pour lui tant sa voix frémissait. Ses gestes se firent de moins en moins ordonnés.

« J’ai besoin de votre aide, de votre pouvoir. Devenez ma prêtresse, dit-il alors tendrement comme pour l’amadouer. Le livre de ROSE parle de l’esprit humain venu d’un autre monde en même temps qu’une armée d’êtres informes et brumeux. Il apparaîtra pour reconstruire Credere et son pouvoir sera accordé à l’Ethos qui pactisera avec lui. Votre histoire est déjà écrite, chère prêtresse…

Je n’ai connaissance d’aucun pouvoir ! Comment pourrais-je vous aider ? Croyez-vous que je me serais laissée capturer ? Croyez-vous que je subirais toutes vos injustices si j’étais dotée d’une telle puissance ? Vous basez cette pensée sur des croyances idiotes, cria Ina incrédule. Je n’ai aucune influence sur ce monde.

Loki n’appréciait pas qu’on le contredise. S’opposer à un être de ce monde et réfuter ses déclarations semblaient être un péché inexpiable sur l’île de Credere. Une ambiance lugubre planait sur leurs têtes et des soupirs s’échappèrent du bout des lèvres de l’Ethos. Visage sérieux et attentif, le fanatique Loki n’en démordait pas. Ses sourcils se froncèrent et sa voix se fit rauque.

C’est ce que les Symphoniens vous ont fait croire pour qu’ils puissent en bénéficier à votre insu. Je suis bien plus honnête avec vous : je veux pouvoir entrer dans votre monde d’origine et en devenir le roi, régner sur les cinq régions de Credere, posséder l’Orbe de Cristal et arborer le Continent, continua-il sans même prendre en considération l’élocution de sa potentielle prêtresse.

 – Pourquoi la cité de Symphonie serait en guerre s’il était en mon pouvoir d’agir sur ce monde ?  

Chère prêtresse, votre cité d’accueil est en guerre justement à cause de votre simple présence. Pourquoi Freyr a-t-il soudainement décidé de s’enfuir après des millénaires de captivité ? Pourquoi l’armée inconnue s’est-elle dirigée vers Arlys ? Et surtout, que faites-vous ici ?

Le simple fait de l’appeler par un titre honorifique qui ne lui appartenait pas fit douter Ina de la véracité de ses analyses. Et si Loki ne mentait pas… pensa une seconde Ina désemparée. Elle fut accablée par la possibilité qu’elle soit la cause des maux d’Arlys mais aussi que les habitant.e.s de Symphonie se soient simplement déclaré.e.s propriétaires de sa personne et de son éventuel pouvoir sans même prendre la peine de lui en parler. Cependant, les mises en gardes d’Harmonia, de Kratos, de Mime et de Siegfried résonnèrent dans sa tête. Loki voulait sans doute que la seule humaine de ce monde retourne sa veste et lui serve de trophée pour déstabiliser Freyr et les Symphonien.ne.s. Aucun fragment de la confiance de la jeune femme ne pouvait lui être donné et les ambitions démesurées du seigneur de Songe le rongeaient trop profondément pour que son discours paraisse cohérent.

Que ce soit pour détruire Symphonie ou devenir le souverain de Credere ou encore le roi de mon hypothétique « autre monde », ce sont les rêves d’un fanatique ! Pour me convaincre de vous aider, il faudra faire mieux que ça, coupa-t-elle d’une voix ferme.

En tentant d’intimider Loki, la colère l’avait emportée sur les espoirs de manipulation calmes et réfléchis d’Ina et les habitant.e.s de ce monde, intouchables et suffisant.e.s, ne supportaient pas qu’une humaine leur oppose une quelconque résistance. Ina se releva brusquement de la chaise et partit d’un pas lourd en direction de la porte mais la main de l’Ethos empoigna violemment sa tignasse.

Veux-tu vraiment la guerre ? Si tu refuses de m’aider j’envoie mes guerriers contre l’armée de Symphonie. Et j’ai entendu dire qu’elle avait déjà assez de mal à défendre ses frontières. J’ai eu tort de me montrer aussi patient avec une vulgaire créature comme toi. Je n’ai pas besoin de ton consentement pour établir le pacte. »

Son chantage mit Ina hors d’elle mais ce qui lui restait de self control lui intima l’ordre de faire profil bas. Vexée d’avoir laissé parler ses émotions et ainsi loupé son coup, Ina se calma d’un coup sec et ses yeux se dérobèrent de ceux du Songeois. Seul son profil s’offrait désormais à son agresseur. Elle ravala sa colère pour ne pas lui donner la satisfaction de la voir pleurer de rage. Et lui-même énervé par cette révolte, Loki relâcha son emprise et lui dit de disposer. Il lui laissait un jour pour réfléchir à sa proposition avant d’employer d’autres moyens, plus punitifs disait-il. La main d’Ina attrapa rapidement le verrou de la porte, le bascula, et ses pieds dévalèrent hors de la pièce. Elle chercha désespérément un endroit agréable et chaleureux à partager avec des camarades, un lieu où pouvoir exprimer son indignation. Cette envie lui mordait la poitrine, et Mime apparut dans sa vision flouée par la fatigue. Comme dans un tableau immuable et éternel, il regardait le paysage enneigé à travers la baie vitrée et Ina s’approcha doucement de lui, déposant sa tête sur son épaule. Mime, tout d’abord étonné puis colérique, chuchota des jurons qu’elle ne comprit pas et s’excusa de fautes qu’il n’avait pas commises. La serre parut une bonne cachette où il lui offrit le réconfort dont elle avait besoin. L’affection furtive qu’il lui porta pansa son cœur et toute sa confiance se transposa sur lui. 

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