Ina #5

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À l’aube, Freyr vint lui demander de l’accompagner au sommet de Dar Ys dans le but de visiter cette cité qui lui était si étrangère. Après une longue promenade (durant laquelle Ina fut épuisée de voir le jeune homme s’émerveiller devant chaque temple herculéen, de s’étonner du physique de chaque nymphe dénudée sur leur passage et bien d’autres étrangetés), la jeune femme s’assit, les pieds endoloris, sur un banc de marbre ocre. Ce nouveau compagnon de galère ne restait pas en place et épiait chaque passante d’un regard de passion.
« N’as-tu jamais vu de femmes dans ton pays ? Questionna Ina, révoltée par ses onomatopées déplacées et sexistes.
Le froid qui règne sur mon pays les empêche de se dénuder ainsi. Et dans mon nouveau foyer, à Lumen, on y voit quasiment que des elfes, répondit-il d’un sourire ravageur.
D’où viens-tu exactement ?
Le jeune homme lui répondit en pointant son index vers la montagne enneigée par-delà la forêt de pins.
C’est un hiver éternel par là-bas ! Les femmes sont couvertes de larges peaux de bêtes si bien qu’il est difficile de les différencier des hommes, blagua-t-il. Les montagnes d’Iduna sont continuellement couvertes de neige et obstruent la route vers la forteresse de Songe, la rendant ainsi totalement imprenable. Impossible de s’en échapper une fois coincé.e à l’intérieur… »

Ces paroles démontraient un fort intérêt pour les femmes confirmant les plaisanteries d’Harmonia à ce sujet. Néanmoins, ce penchant libertin se montrait enfantin et touchant aux yeux d’Ina. Tout simplement parce qu’il se montrait terriblement « humain ». Selon ses conclusions, une telle excentricité dénotait d’un certain besoin de réconfort. D’un naturel sincère, il semblait être incapable d’animosité et il apparaissait trop jovial pour faire usage de sa force titanesque à mauvais escient. Étant assez démonstratif pour que Ina comprenne rapidement ces agissements, l’observer tel un cobaye servirait sans doute à parfaire ses connaissances sur le comportement des habitant.e.s de Credere. Ina cherchait, avant tout, à se sentir plus à l’aise dans l’insolite ambiance régnant dans cette cité.
« C’est comment dans ton pays ? Questionna la jeune femme, à l’affût d’informations qui pourraient l’aider à retrouver la mémoire.
Et toi d’où viens-tu donc ?
Freyr avait directement changé la tournure de la conversation. Ina choisit alors de se confier à lui dans l’espoir d’un éventuel retour d’informations.
Je l’ignore encore aujourd’hui. Une nuit, je me suis réveillée dans la plaine sans aucun souvenir dans ce monde… si surprenant et anormal. Les Ethos me semblent si différent.e.s et si redoutables que j’en ai parfois des frissons…
Et bien ! Pas facile à vivre, pas vrai ? Console-toi en te disant que tu as également oublié les mauvais. Je t’envierai presque mais pourquoi discuter de cela avec toi ?
Puisque je suis étrangère à toutes vos histoires, tu peux ainsi te confier l’esprit tranquille. Aussi, je ne suis qu’une humaine… »

Son envie d’en apprendre toujours plus sur sa psychologie si singulière poussa Ina à lui poser une myriade de questions. Une scientifique folle, voilà à quoi elle ressemblait. Sa qualité d’humaine esseulée se montrait parfois d’une extrême utilité et la neutralité qui la caractérisait lui permettait de prétendre à une certaine objectivité dans les affaires de ce monde. Tandis qu’elle expliquait son point de vue à son interlocuteur, Ina vit soudainement son visage enjoué perdre de son intensité. Son teint de peau était devenu plus livide qu’à l’accoutumé et ses yeux fixèrent les montagnes enneigés d’un regard vide. Le voir ainsi démoralisé la stoppa nette dans sa quête de questionnements. Gênée, elle attendit respectueusement une réaction de son voisin. Freyr prit alors une grande inspiration et semblait être sur le point de lui livrer une vérité cachée, ou encore une aventure insoupçonnée, lorsque le destin mit, sur leur route, Hermès. Ce dernier écarquilla les yeux en remarquant la présence de Freyr à ses cotés. Ina ne réussit pas à saluer convenablement Hermès puisque Freyr se mit à l’éteindre chaleureusement. Les deux hommes discutèrent alors d’un timbre de voix élevé et se tapotaient joyeusement les épaules. En voyant le guérisseur ainsi satisfait de sa rencontre avec Freyr, un pincement se fit ressentir dans le gorge de la jeune femme. Malgré elle, Ina éprouvait une certaine tristesse face à ces amusements répétés. Une joie constante semblait poursuivre les habitant.e.s de ce monde. À l’instar d’une grande famille, les Ethos se connaissaient et semblaient très proches les un.e.s des autres et il n’était pas aisé de devenir membre de cette « confrérie de divinités ». Affligée par cette constatation, elle s’échappa secrètement dans le but de faire une ballade pour se changer les idées. Les petites ruelles de la cité lui apparurent soudainement très compatissantes lorsque ses pieds s’écrasaient violemment contre les pavés de la cité au pas de course. Occupés à parler de performances de combats et autres thématiques d’Ethos, Freyr et Hermès aperçurent sa disparition que lorsque sa promenade désespérée s’acheva sur une petite muraille du port, servant d’embarquement aux barques. Après avoir délacé ses sandales en cordes, Ina plongea ses orteils dans l’écume. Des alvins s’accumulèrent sous ses pieds et lui en chatouillèrent la plante, la faisant ainsi glousser en de petits rires espacés. Une main vigoureuse lui toucha brusquement l’épaule. Un sourire moqueur à nouveau bien ancré sur ses lèvres, Freyr s’assit à ses cotés sur le muret :
« Et bien ! Tu ris toute seule maintenant ?
Hermès n’est plus avec toi ?
Ne disparais pas comme ça ! Que m’aurait fait Harmonia si je t’avais perdue ?
Tu as juste peur de la réaction d’Harmonia n’est-ce pas ? »

Son sourire s’éteignit aussitôt et son regard perdit l’étincelle qui le rendait si ensorcelant. Profitant de cet exceptionnel moment de sérieux de sa part, Ina lui raconta ses états d’âme en une longue et égoïste explication qu’il écouta passivement.

« À croire que nous sommes pareils ! S’exclama-t-il finalement.
Comment ça ? Tu t’amuses sans cesse de tout, tout le monde semble t’apprécier et tu possèdes une puissance qui te permet de te défendre.
La force n’a jamais empêché le passé de venir hanter les pensées. Tout comme toi, j’aimerais perdre la mémoire. »

Sans se l’expliquer, Ina le prit dans ses bras. Sa tête blonde se blottit contre son épaule. De légères larmes coulèrent le long de ses joues, et Ina fut, malgré-elle, heureuse de constater qu’un Ethos pouvait ressentir de la tristesse. Même si la souffrance sembla continuellement épouvanter son esprit, il resta discret. Le temps continua inexorablement sa course vers le crépuscule sans que Freyr ne retrouve le sourire. Le duo arriva au temple de la plaine dans la nuit et l’inquiétude grandissante d’Harmonia s’éteignit enfin lors qu’elle vit arriver, main dans la main comme deux enfants, Ina et Freyr.

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