Joséphine #0

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Encore une de ces longues journées interminables…
Allongée sur lit de style rococo, Joséphine passait régulièrement une main frêle et blanchâtre sur son front moite. Protégée des rayons du soleil de mai par des rideaux rouges brodés de motifs dorés, la jeune femme dépérissait chaque jour un peu plus. Ses jambes ne lui répondaient plus, ses bras et son visage perdaient peu à peu de leur couleur, son estomac brûlait, son cœur se compressait et sa respiration se faisait de plus en plus haletante. Son corps semblait l’avoir lâchée et elle avait la sensation de brûler de l’intérieur. Mal d’amour ou maladie infectieuse d’origine inconnue ? Les médecins les plus renommés du duché étaient passés par là mais ils n’avaient rien trouvé de significatif. Ce n’était pas pour déplaire à Joséphine, fatiguée de cette vie de bals mondains remplis d’hypocrites, d’injustices, et d’incompréhensions sur ce que lui cachait encore ce monde déglingué. Depuis sa plus tendre enfance, la jeune femme ne prenait que peu au sérieux ses responsabilités de « dame » et n’avait jamais saisi cette différence intrinsèque qu’il existait, disait-on, entre elle-même et la petite paysanne du coin avec qui elle avait pourtant espéré se lier d’amitié jadis.

Toc Toc ! La porte glissa doucement, laissant entrer un courant d’air printanier à l’intérieur de la chambre qui commençait à sentir le renfermé. Estelle, la suivante, venait apporter une soupe bien chaude. Repas que Joséphine n’arriverait certainement pas à avaler mais sa servante se faisait un sang d’encre pour sa maîtresse et l’encourageait à continuer d’espérer. Joséphine respira difficilement ce trop plein d’oxygène qui lui enflammait ses poumons et sa gorge.

Il faut manger Dame Joséphine, murmura-t-elle

Quelques cuillerées… essayons doucement !

Estelle faisait toujours preuve de beaucoup de positivisme. Elle s’y prenait toujours plusieurs fois pour n’importe quelle tâche afin de constater si il lui était possible de la réaliser. Arrivée à ses 6 ans et vendue par ses parents contre quelques pièces d’argent, Estelle s’était trouvé un foyer, ici à Lune-en-Arc. Tout en réalisant ses tâches quotidiennes, elle profitait d’un confort inespéré et n’en demandait pas davantage. Estelle admirait secrètement Joséphine car elle représentait tout ce qu’elle avait toujours rêvé. Cependant, il n’y avait jamais eu de jalousie entre les deux femmes, même lorsqu’elles étaient enfants : Joséphine s’étant toujours montrée désintéressée des choses mondaines et matérielles, Estelle ne voyait donc aucune raison de lui d’entretenir une quelconque rancune.

J’aurais aimé être vous, lui confia Estelle. Mais à trop se désintéresser des choses matérielles, vous finirez par abandonner ce monde ! Un peu de courage, que diable !
… chance… il… malédiction…, chercha à répondre Joséphine.

Ses paroles se faisaient de plus en plus rares et inaudibles au fur et à mesure que les jours s’écoulaient sans la moindre amélioration. Estelle avait néanmoins compris de quoi il s’agissait. Une vieille histoire de malédiction. Encore et toujours. Depuis qu’elle avait effleuré un étrange cristal trouvé dans la rivière, Joséphine s’était persuadée qu’une terrible malédiction la poursuivait à présent. Estelle savait son amie rêveuse et romanesque mais cette légende commençait à prendre des proportions importantes et pesait sur la condition physique de son amie. Son inquiétude ne cessait de grandir et une puissante colère la possédait lorsqu’elle entendait les bruits de couloir au sujet de cette malédiction et de la mort prochaine soi-disant inévitable de la fille du Duc. Alors que les cuisiniers et les écuyers y croyaient dur comme fer, ce n’était pas le cas d’Estelle, pragmatique, qui ne prenait en compte que ce que ses yeux lui permettaient d’apercevoir.

Et finalement elle a glissé sous la douche.
ET R.I.P.

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