Sorcellerie x Féminisme : la revanche des sorcières

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La sorcellerie et la magie ont toujours inspiré et intrigué l’humanité. La croyance en une possibilité de contrôler les forces de l’univers, de la marche des astres à la transformation des métaux, de soumettre des tempêtes et orages à sa volonté ou encore de ressusciter les morts (nécromancie), répond aux mêmes besoins psychologiques et si humains d’expliquer les forces de la nature (comme c’est le cas avec la religion) mais aussi de les contrôler, de les dompter. L’image de la sorcière est, quant à elle, passée de vieille femme au nez crochu de mauvaise augure à véritable icône féministe luttant contre l’ordre établi, indépendante, cherchant à contrôler sa propre vie et ne laissant pas les autorités et structures mises en place de gouverner, à leur place, leurs choix et leur libre-arbitre. La sorcellerie et la magie reviennent maintenant à la mode avec les mouvements courants philosophico-religieux New Age comme c’est le cas de la Wicca et le néo-chamanisme et le néo-druidisme. Un regain d’intérêt pour les cultures occidentales qui ont trouvé dans ces mémoires du passé des enseignements et des messages universels toujours d’actualité (le respect de la nature et de l’univers, l’écologie, l’utilisation des plantes et l’importance de l’alimentation biologique pour la santé, l’importance de la liberté et de l’émancipation de la femme et de l’individu, vivre en harmonie avec son environnement, etc.).

La sorcellerie et le contrôle de son environnement.

Le terme sorcellerie est encore aujourd’hui vague, et peut définir un ensemble de pratiques et de rituels mystiques. Fabrice Clément, dans son article l’esprit ensorcelé, les racines cognitives de la sorcellerie écrit en 2003 nous en donne une définition :

Le terme de sorcellerie est communément utilisé pour désigner l’ensemble des effets néfastes (accident, mort, infortunes diverses) qui résultent de l’activité de ces personnes malveillantes dotées de pouvoirs surhumains (Favret-Saada, 1991). Bien que les anthropologues soient très prudents lorsqu’il s’agit de comparer des phénomènes appartenant à des cultures différentes, ils admettent généralement, avec plus ou moins de nuances, son caractère universel (Augé, 1982).

Par sorcellerie, on entend « cannibalisme mystique » c’est à dire la possibilité pour un individu d’accroître sa propre substance ou force en dévorant souvent de manière cachée une partie de la substance vitale d’une autre personne. D’après cette définition, la sorcellerie fait partie des croyances ou représentations collectives partagées par l’ensemble des sociétés du monde. Durant les années 50, les anthropologues ont d’abord cherché à expliquer la sorcellerie dans son rapport avec le maintien de l’ordre social : les croyances en la sorcellerie servaient alors à dénoncer les leaders trop ambitieux et à neutraliser les changements qui pouvaient menacer l’ordre social. Le risque d’être accusé poussait les individus à rentrer dans le moule, à ne pas paraître trop originaux ou différents par rapport aux normes de la communauté. Il s’agissait avant tout d’un mécanisme de contrôle social.

Ajoutons à ce risque la peur d’être ensorcelé qui amène l’individu à se soumettre à la loi de redistribution des biens, des ressources et des richesses à l’intérieur du groupe social. Cette croyance donne également une explication aux aléas douloureux de la vie mais également à l’infortune d’un individu considérée à l’époque comme extérieure à lui-même. Étymologiquement, la « sorcellerie » désigne une pratique divinatoire, un sort réalisé par un « sorcier ». Plus communément, ce terme désigne les effets néfastes d’un rite (accident, mort, infortunes). Dans la plupart des cultures, le sorcier est un humain en apparence secrètement doté de pouvoirs extrahumains (parfois à son insu) responsables des malheurs qui vont toucher son entourage ou environnement.
Pour se défaire de ces maléfices, les victimes ensorcelés peuvent faire appel à un devin ou un membre du clergé (selon les croyances et la culture des sociétés) possédant des pouvoirs, des techniques ou un don lui permettant d’identifier le coupable et de trouver les moyens de régler le problème. On reconnaît deux modes d’acquisition du pouvoir sorcier : soit la sorcellerie se montre comme étant héréditaire soit elle est acquise par achat ou échanges de services avec un autre sorcier ou directement auprès d’une entité surnaturelle. Evans-Pritchard, établit une distinctions entre sorcery et witchcraft.

Par « sorcery », il désigne la pratique consciente et volontaire d’actes magiques, acquise lors d’un apprentissage, qui visent à nuire par l’utilisation de substances et de formules. Le terme de « witchcraft » renvoie par contre à une capacité innée de nuire, qui peut s’exercer à l’insu du « sorcier » (Evans-Pritchard, 1937).

Le mode d’action d’un sorcier est le suivant : il agit surtout de nuit, et possède la capacité de se dédoubler ou de « sortir de son corps » et de se déplacer par intermédiaire d’un « sort » ou par l’appel de familier. La jalousie est souvent le motif de l’action d’un sorcier contre une victime. Il peut agir pour le compte de quelqu’un d’autre qui l’aurait payé. Le sorcier peut également agir grâce aux résidus d’objets ou de parties du corps appartenant à la victime. L’acquisition d’une mèche de cheveux, de bouts d’ongles, d’une photo, ou de bijoux devient alors nécessaire. L’accusation de sorcellerie apparaît dans l’Histoire le plus souvent lors d’événements malheureux tels que la maladie, l’infortune ou les catastrophes naturelles. En trouver l’explication rassure la population qui pense pouvoir conjurer le mauvais sort. On retrouve ici l’importance du rôle fondamental du bouc émissaire qui sert de catalyseur aux soucis du groupe et l’horrible discrimination qui en découle. Ces événements poussent les membres d’une communauté à interpréter des comportements particuliers dont un membre de la société a fait preuve. Une personne accusée de sorcellerie peut risquer la torture, la mutilation ou même la mort. Elle risque d’être bannie de la société ou être condamnée à la prison/la mort. Aussi, les rapports conflictuels entre groupes humains ou genres poussent souvent une population à en discriminer une autre et à la considérer comme responsables de maléfices (homme/femme en Occident). Les personnes usant de la sorcellerie étant quasiment toujours des femmes dans la tradition judéo-chrétienne, ce fait historique s’explique par les mythes et le péché originel d’Eve, mère de l’humanité. Ce fait explique la féminité de la sorcellerie en Europe, et le tragique destin appliquée aux femmes considérées comme des sorcières en Alsace, mais également la force et la puissance de l’icône féministe naissante… cette femme innocente qu’on a fait taire parce qu’elle était une femme et qu’elle dérangeait l’ordre établi.

Des procès de sorcellerie en Alsace

L’hécatombe de « femmes dites sorcières » en Alsace commence avec l’écriture du Malleus Maleficarum ou le Marteau des sorcières, en 1487.

Avant le XVe siècle, le diable n’étant qu’un mal lointain pour l’Église intolérante et à la recherche de bouc-émissaire, les inquisiteurs mandatés par Rome traquaient surtout des hérétiques, juifs et païens mais ne se souciaient pas réellement des « pactes » établis avec un démon, surtout utile pour effrayer la population. Au courant du XVe siècle, alors qu’on assiste au début des temps modernes et au triomphe de la raison, l’Alsace tombe dans une phase d’intolérance et de violence. Contrairement à la pensée courante, c’est alors la justice civile et non la Grande Inquisition qui va brûler les sorcières. L’époque se montre difficile ; peste, mauvaises récoltes, vignes gelées, etc. Lors des procès de Bergheim, le curé serait même venu pour implorer le pardon pour ces femmes. À Molsheim, les jésuites réclamaient la décapitation des victimes avant de les envoyer au bûcher. Les femmes accusées de sorcellerie deviennent les bouc-émissaires de cette époque troublée, leurs morts servants à maintenir un ordre social sur le déclin…

À cette époque, tout peut paraître suspect : cuire un poulet le jour du carême, connaître les herbes curatives, manquer la messe, se promener pendant la nuit. Les sages-femmes,à ce moment où la mortalité infantile était forte, étaient suspectées. Les actes du quotidien peuvent être perçus par les inquisiteurs comme étant de la sorcellerie, si bien qu’une accusation peut tomber sur une personne très ordinaire. Les disputes entre voisins apparaissaient comme dangereuses puisqu’une accusation pouvait vite se transformer en procès puis en bûcher. Le pont du Corbeau à Strasbourg, nommé également le pont des supplices, fut le théâtre d’exécutions publiques. Les condamné.e.s à la peine capitale étaient enfermés dans une cage et exposés sur le pont au regard la population locale avant qu’ils ne soient jeter à l’eau. C’est également à cet endroit que l’on noyait les sorcières. La tour des sorcières de Thann, ancienne tour de rempart datant du XVe siècle fut une prison pour les malheureuses victimes accusées de sorcellerie. En 1589, Apolonia Schaeffer de Molsheim est accusée par son gendre de lui avoir pris sa virilité et d’avoir la capacité de se changer en loup. Un homme l’accuse alors d’avoir causé la maladie de sa femme et une voisine avoue avoir entendu du bruit provenant de chez elle la nuit. Sous la torture, la femme finit alors par avouer. Un simple « oui » à une affirmation de l’inquisiteur suffit à conclure qu’elle est une sorcière. Heinrich Krämer, alias Institor, professeur de théologie et moine dominicain natif de Sélestat a voué son existence à la chasse aux sorcières et à l’hérésie au grand damne des évêques et de la population qui cherchent à se débarrasser au plus vite de cet inquisiteur délirant. Pour montrer l’importance de la situation, Krämer rédige avec son ami inquisiteur Jakob Sprenger un précis de démonologie qui formera la base de leurs monstrueuses activités et qui servira à la prochaine génération d’inquisiteurs. En 1487, le Malleus Maleficarum (Marteau des sorcières) est publié à Strasbourg et fait rapidement le tour de l’Europe. Ce livre expose les dangers qu’encourent le monde, miné par les maléfices des adorateurs de Satan qui se régalent d’enfants morts et participent à des orgies. Le mauvais temps, les mauvaises récoltes, la famine, la grêle, les épidémies y apparaissent comme des maléfices des sorcières. Selon les auteurs de ce livre, ces informations auraient été livrées par des adoratrices du diable « interrogées » par leurs soins. Ils affirment que la femme est suspecte par nature de par sa passion charnelle insatiable :

Parce qu’elles sont déficientes dans les forces de leur âme et de leur corps, il n’est pas étonnant qu’elles songent à ensorceler ceux qu’elles détestent.

Néanmoins, toute personne finit par avouer sous la torture des inquisiteurs. Ces derniers rasent alors entièrement le corps du suspect pour chercher sur sa peau des marques laissés par le Diable : grains de beauté, écorchures ou cicatrices apparaissent comme des preuves évidentes du lien entre l’accusé et le Malin. Le suspect est débarrassé de ses vêtements (susceptibles de cacher des amulettes destinées à effacer la douleur de la torture) puis vêtu d’une grande chemise avant de procéder à l’interrogatoire : fer rouge, chaise d’insomnie, toute sorte de tortures sont infligés à la victime pour qu’elle avoue son crime.

[porte-t-il les stigmates du diable? colporte-t-il des légendes ou lit-il des livres impies? a-t-il touché des gens ou des animaux avec une baguette et ce geste a-t-il été suivi d’effets? a-t-il provoqué des intempéries et comment? a-t-il renié Dieu et les saints?]
Voici un extrait d’un questionnaire type pour la reconnaissance d’une sorcière.

Si le suspect est retrouvé mort dans sa cellule, on pense alors que le Diable en personne est venu le chercher pour l’empêcher de révéler ses secrets. Les parents dénoncent leurs enfants et ces derniers sont priés de dénoncer leurs camarades de classe. En 1630, le chapelier Koening demande au juge de ne pas gracier son fils, âgé de 7 ans, par peur que ses diableries contaminent ses autres enfants, il fut accusé de savoir dresser des souris et fut exécuté. L’inquisiteur, figure du bourreau, violente les enfants jusqu’à leurs aveux. Ces derniers auront néanmoins le droit d’être décapités avant le bûcher. Cette crise de démence collective en Alsace prend fin quand les suédois arrivent dans la région, tuant, volant, pillant et incendiant l’Alsace, ce qui détourna l’attention de la Justice. Les derniers bûchés d’Alsace s’éteignent vers 1680 et les dernières victimes furent pendues. L’Alsace passe alors du côté de la France, qui interdit les procès de sorcellerie.

Des traditions ont survécu, et des pratiques en lien avec l’image de la sorcière, sont toujours bien présentes en Europe. Comme c’est le cas en Alsace, au Bollenberg (formé du radical du dieu gallois « Belenos » et de « berg » qui signifie colline), une colline de 363 mètres d’altitude située dans la région de Rouffach. Durant la nuit du 14 au 15 août, le Bollenberg devient le théâtre d’un rituel qui attire de nombreux pèlerins originaires de toute l’Alsace : la chapelle Sainte-Croix est illuminée par le haxafir, le feu des sorcières. C’est à cet endroit que les conscrits d’Orschwihr, ceux qui auront eu 18 ans pendant l’année, brûlent un mannequin de sorcière sur un bûcher qu’ils auront construit. Les fitza (les futurs conscrits) s’entraînent en fabriquant un bûcher plus petit qui brûlera aux côtés de celui de leurs aînés. De nuit, une procession partant du village de orschwihr grimpera la colline, comme les anciennes processions venues voir les sorcières condamnées à mort, jusqu’aux deux bûchers en haut du Bollenberg. Une façon pour les habitant.e.s de se souvenir de ces pratiques et d’honorer, à leur manière, la mémoire des femmes brûlées dans cet région. Cette pratique se définie également comme un rituel de cohésion social, ayant pour but de rapprocher la communauté et de l’unir, mais aussi un rite de passage à l’âge adulte. Le bouc-émissaire ayant, heureusement, disparu au profit d’une petite poupée de sorcière et de beaucoup de joie et bon humeur !

La sorcière moderne et l’image de la Femme

Cette panique collective s’étant déroulée en Alsace était sans doute le fruit d’une époque troublée dont certains fanatiques religieux ont tiré profit. Ils cherchaient à rétablir l’ordre social par la violence et la peur, parce qu’eux mêmes craignaient le « pouvoir des sorcières ». La discrimination existe, et a toujours existé. Elle change sans cesse de forme, pointant du doigt un bouc émissaire soi-disant responsable de la souffrance d’une société, d’un groupe d’individus. Les êtres humains ont toujours eu du mal à tolérer et à accepter les individus originaux, étranges. En somme, « pas comme eux » et cela leur fait peur. Cette intolérance a causé bon nombre de morts dans toute l’histoire de l’humanité. Il est important de rendre hommage aux victimes de la discrimination, dans l’espoir que cela serve d’exemple aux futures générations dans une optique de tolérance et d’acceptation de la différence.

Dans cette dynamique, on a vu l’image de la sorcière et de la sorcellerie en général se transformer, devenir plus positive – dans les œuvres de fiction – certaines connues à une échelle mondiale. Devenue une catégorie de personnages jouables dans de nombreux jeux vidéo et jeux de société (l’éternel Donjon & Dragon en tête), la « sorcière » est devenue une protagoniste récurrente de la pop culture moderne. La saga Harry Potter et son école de sorcellerie, la chasseuse de vampires Buffy et sa meilleure amie sorcière du nom de Willow, les trois sœurs sorcières de Charmed, la trilogie des trois mères de Dario Argento, Kiki la petite sorcière de Hayao Miyazaki, The Craft et ses quatre sorcières rebelles, Les Brumes d’Avalon et sa relecture du mythe arthurien dans les yeux de Morgane, la belle Lulu de Final Fantasy 10, l’étrange sorcière du jeu vidéo Ni no Kuni, Yuuko, la pulpeuse sorcière des dimensions, de XXXHOLIC et de l’univers nippon des Clamp, Sabrina et son remake pro-féministe, les brumeuses séries Salem et Penny Dreadful, Melisandre la sorcière rouge de Game of Thrones, la communauté wiccane de True Blood, la sorcière déjantée de Naheulbeuk, l’adorable sorcière japonaise de Flying Witch, la terrible sorcière Karla de Lodoss War, la jeune fille du sublime film The Witch, les fantômes féminins du dramatique AntiChrist de Lars Von Triers ou encore la belle Yennefer de Vengerberg de la série The Witcher et son féminisme assumé, et bien d’autres exemples encore. La sorcière ne finira jamais de hanter les productions artistiques et culturelles mondiales car son symbole est fort et véhicule un message politique et philosophique qui sera toujours d’actualité.

En Alsace, l’image de la sorcière demeure encore aujourd’hui très présente. Elle fait peur aux enfants et fait rêver les plus grands. Les monuments « tours des sorcières » que l’on retrouve dans de nombreux villages alsaciens leur rendent hommage. La fête de la sorcière de Rouffach est une festivité moderne alsacienne reprenant la thématique de la sorcière dans une ambiance magique, bon-enfant et quelque peu horrifique ! Un bar de sorcières au style original, escape game, du nom terrible de Malleus Maleficarum, a également ouvert ses portes à Strasbourg ! Transformée dans les pensées des individus, de vilaines mégères aux nez crochus à des belles jeunes femmes aux pouvoirs magiques délicieux, la sorcière vend aujourd’hui du rêve et du fantastique, de l’égalité et de la justice, plus qu’elle ne fait peur.

Elle est passée d’une icône diabolique issue d’une morale cléricale à une icône du féminisme moderne, une femme forte dotée de puissants dons, indépendante et responsable de sa vie. Au lieu d’être chassée à cause de son savoir, ses connaissances et de son charisme perçus comme maléfiques dans une société où la femme n’avait que peu de place et de droits, elle apparaît dans nos sociétés modernes comme une personne de pouvoir et d’influence, défenderesse des femmes et de la vie en général qui s’élève au dessus des discriminations et du sexisme de par sa communion avec la nature entière. Une femme insoumise qui peut se mettre en valeur, agir sur son destin et sa place dans la société, voilà le personnage iconique de la sorcière moderne. L’évolution dans le temps de l’image de la sorcière va de paire avec son utilisation comme élément culturel de la consommation mondiale notamment dans les jeux vidéo et dans les œuvres audiovisuelles fantastiques ainsi que comme reflet d’une tradition folklorique alsacienne comme l’expriment les nombreuses festivités et la production d’objets d’artisanat liées aux sorcières.

La sorcellerie est aujourd’hui un art plutôt à la mode dans certains pays sous le nom de Wicca. Diminutif de Witchcraft, la Wicca est un mouvement religieux fortement liée au féminisme et à une prise de conscience écologique qui s’axe autour de deux divinités : la déesse et le dieu. Censés représentés le masculin et le féminin, la lune et le soleil dont l’addition des deux forme la vie. En grande partie basée sur le chamanisme et l’ancienne religion celte, la Wicca est répandue aux U.S.A ainsi qu’en Europe particulièrement en Grande-Bretagne et en Bretagne (qui revendiquent leurs origines celtes).

La possibilité, pour les adeptes de la Wicca, de réaliser des rituels, et des cérémonies de leurs propres créations en fait une religion moderne très attrayante pour les nouvelles générations à la recherche de plus de liberté et de souplesse des dogmes et des pratiques. De même, il est possible pour l’adepte de choisir les noms et les formes du dieu et de la déesse selon ses préférences. Dans l’esprit de cette philosophie, toutes les déesses de toutes les cultures forment une seule et même déesse (simplement représentée sous de différents traits) et tous les dieux forment une seule et même entité. Une égalité des sexes couplée à une organisation horizontale des êtres vivants, plaît davantage à nos sociétés contemporaines où le patriarcat et le système clérical tendent à disparaître. Cette sorcière en vogue à l’heure actuelle ne possède plus des caractéristiques exclusivement judéo-chrétiennes, fortement liées à un chamanisme et des religions dites plus exotiques telle que le bouddhisme avec son concept de réincarnation, elle s’exporte aisément dans des médias du monde entier, des jeux vidéo japonais aux films d’horreur et fantastiques internationaux. Chaque culture possédant en réalité sa propre image de la sorcière.

Le mouvement féministe des années 1960 Ni Pute Ni Soumise, avait déjà repris cette image judéo-chrétienne de la première femme d’Adam, Lilith, chassée du paradis pour avoir refuser de faire l’amour comme son époux le souhaitait. Devenue la femme du diable, Lilith avait été formée à l’égale de l’homme, par la même glaise, c’est son égalité qui avait donc poussé à sa désobéissance. Celle qui lui succédera, Ève, fut alors formée de la côte de son époux, lui devant donc une obéissance sans faille. Triste sort que celui d’une Ève, les féministes préféreront donc le côté indépendant d’une Lilith assoiffée d’égalité. Des femmes, se disant sorcières, qui encore aujourd’hui partout dans le Monde crient haut et fort leurs besoins d’être respectées et de jouir des mêmes droits que ceux des hommes. Il s’agit aussi d’un cri d’aides pour les minorités, le combat étant de donner l’égalité à tous êtres vivants, si l’on va plus loin dans la logique anti-raciste et anti-spécisme. En bref, une soif de liberté et d’égalité en clamant :

« Nous sommes les petites-filles des sorcières que vous n’avez pas réussi à brûler. » en l’honneur de ces femmes fortes, différentes, accusées à tort parce qu’on a cherché à les faire taire.

Il y a peu de temps encore Le Witch Bloc à Paris criait à notre président :

Macron au Chaudron !

En tant qu’archétype de la pop culture moderne et mondialisée, elle représente de nos jours une nouvelle sorcière globalisée pouvant apparaître sous de multiples formes selon l’origine des artistes, écrivain.e.s, designers et réalisateurs/réalisatrices la mettant en scène. Après tant de mépris et de massacres, les sorcières reviennent en force !

La Sorcellerie en Alsace, 1988, de Rodolphe Reuss

Procès de Sorcellerie, 2016, de Jacques Roehrig

La Sorcellerie, 2004, de Lionel Obadia

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